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Protégé : Les chiffres

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Paroles du monde

 

« Le terme 86 veut dire radier quelqu’un parce qu’il triche ».

15-12-2014

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« Il est indispensable que des principes destinés l’un à l’autre viennent l’un vers l’autre. Cette démarche doit seulement être libre d’arrière-pensées. » – 44

02-09-2014

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Une seule vie

Il est dit que l’ »on » naît et meurt de nombreuses fois, que la vie change de formes comme un asâna crée toutes les postures dans son déploiement ininterrompu .

« Je ne suis  » qu’ une seule et unique vie dont le corps est l’univers total, la totalité des êtres , la totalité du temps sans naissance ni fin .

Le Temps , l’Univers déjà accomplis , le passé se contemple dans la même direction que le futur , dans un éternel instant de création hors temps.  

30-08-2014

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L’homme se distingue avant tout du reste de la nature par une couche glissante et gélatineuse de mensonge qui l’enveloppe et le protège.

30-07-2014

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 Attention à la voie du mensonge qui s’ouvre à vous. Mieux vaut y renoncer.    30-07-2014

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Les fous ouvrent les voies qu’empruntent ensuite les sages.    27-07-14

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 Tant qu’on ne ramène pas, d’une manière complémentaire, la compréhension des forces qui agissent dans le monde à celles qui agissent dans l’individu, afin que celui-ci puisse enfin et de lui-même trouver sa « Terre », alors il n’y a aucune solution aux problèmes du monde….
Toute parole ne peut que rester vaine…

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Toutes les difficultés ouvrent une fenêtre sur le passé. Alors tout mauvais coup dans la vie vous donne la possibilité aussi de guérir. Faire face à ce passé c’est peut-être douloureux mais y faire face c’est aussi s’ouvrir aux multiples merveilles que la vie peut vous offrir.
La malchance, soit elle te détruit, soit elle révèle l’homme que tu es vraiment.

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Le monde ne connaît que peu la douceur et la tendresse envers tout et tous et fait preuve d’une inconscience profonde .
Ne fais pas aux autres ce que tu refuses pour toi-même , l’antique parole reste d’actualité car si les connaissances croissent, l’esprit humain n’est pas différent des commencements.

C’est l’évolution d’une personne qui est la même que celle de toute l’humanité en route .

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Lorsqu’on a un gros fichier, il faut inverser les paramètres.
Et relier les zones.

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Tant que nous sommes à l’extérieur du « temple », nous ne voyons qu’une face des choses.

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Pour répandre de façon durable la luminosité et la chaleur, le « Feu » a besoin d’avoir quelque chose de persistant et de consistant à l’intérieur.
Les éléments les plus durables pour l’individu sont les principes essentiels, les valeurs morales auxquels il peut s’attacher.
En ce rendant volontairement dépendant des puissances harmonieuses et bonnes de l’univers il obtient la réussite.

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Sans plan préconçu, témérité, intégrité, authenticité, virginité.
Principe divin, état pur et naturel existant en tout individu mais souvent occulté par toutes sortes de défauts ou le contact avec la corruption.

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Face à une fleur, un arbre, un paysage, un orage, un homme, une femme ,une fourmi, une cathédrale , un vieux mur ruiné tout de mousses vêtu , une voix, une ombre noire et menaçante, un trait lumineux,
Dire « je te reconnais » est plus grandiose encore que le ciel tout entier et ses merveilles, car c’est avoir vu au-delà, en-deçà des apparences, c’est avoir traversé mers , terres et cieux , c’est avoir entendu , c’est être pleinement revenu .

Alors, c’est sans danger, sans menace sous la menace et les dangers qui vous dépouillent de tout ce qui n’est pas « ça » à reconnaître,

Alors la Puissance dangereuse est ce qu’elle n’a jamais cessé d’être ,
L’expression même d’une Douceur absolument infinie et sans ni mots ni images , elle veille si vous veillez.

Alors …
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Je ne vis pas les choses, les choses surgissent .
Dans le miroir de la relation je les regarde.éclore, s’épanouir, disparaître .
Leur fleuve laisse ses limons fertiles où je puise,
Les reconnaissant toutes ..

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Visage surgi,
L’Energie subtile de la profondeur émerge dans le filigrane subtil de ses jeux de couleurs,
Elle se dessine en contours délicats: yeux, nez, lèvres,visage,
Sourire secret émané du fond des choses ..
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Tout se trouve rassemblé dans l’homme, il est inutile qu’il cherche en dehors de lui-même.

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Une vie n’est pas seulement « vie personnelle » mais aussi unique totalité du temps, totalité des univers , totalité des êtres,
Pas une poussière, pas un événement, pas une pensée, pas une action ,
Aucun dire , aucun silence , aucune conscience , aucune histoire , aucune « illusion » qui se tienne hors de cette unique existence.
Aucun être, aucun non être, et rien de ce qui y jaillit ne se tient hors d’elle …

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Il n’est de si long cheminement qu’il ne conduise à la nécessité de la « chair chaude et palpitante  » ,
seul lieu possible d’une incarnation d’Amour.
Si le soleil luit pour tous , il luit aussi pour chacun de ses visages ,très personnellement.

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Protégé : Torah

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Carl Gustav Jung

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Carl Gustav Jung

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Mandala 1

 

Commentaire sur Le mystère de la fleur d’or - Extraits :

L’âme, tiers inclus

C’est ici qu’il te faut danser

Différencier l’intellect de l’esprit

L’inconscient collectif

Le dépassement

Le Tao

Le mouvement circulaire et le centre

 

Le mystère de la fleur d’or -  Lu Tsou – Extraits

 

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Dialectique du moi et de l’inconscient - Extraits

Divers

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Divers

 « L’expérience de l’inconscient entraîne l’isolement. Beaucoup ne peuvent pas le supporter. Pourtant le colloque solitaire avec le soi est l’expérience la plus haute et la plus décisive de l’être humain. Car quelqu’un doit déjà être seul pour ressentir ce qui le porte, quand il n’est plus en mesure de se porter lui-même. »

20-08-2014

« L’homme moderne, noyé dans de fausses idéologies collectives, désorienté par un manque de valeurs auxquelles se raccrocher, a oublié qu’il avait une âme. Il recherche désespérément en dehors de lui quelque chose qui puisse l’animer, le rendre vivant. C’est pourtant en lui qu’il pourrait retrouver le contact avec les forces inconscientes qui l’animent, en se confrontant avec elles. »

30-10-2014

 

Dialectique du moi et de l’inconscient - Extraits

Les effets de l’inconscient sur le conscient

L’inconscient personnel et l’inconscient collectif

…L’inconscient a aussi d’autres aspects, d’autres dimensions, d’autres modes d’existence : dans sa sphère, s’inscrivent non seu­lement les contenus refoulés, mais aussi tous les maté­riaux psychiques qui n’ont pas atteint, quoique exis­tants, la valeur, l’intensité qui leur permettraient de franchir le seuil du conscient. Or, il est impossible d’ex­pliquer, par le seul mécanisme du refoulement, pour­quoi tous ces éléments restent au-dessous du seuil du conscient. Si le refoulement était le seul mode d’action, la suppression des refoulements devrait conférer à l’homme une mémoire phénoménale, à l’abri de l’oubli. Le refoulement, comme principe directeur, conserve donc toute son importance, mais il n’est pas le seul mécanisme intra-psychique à l’oeuvre.

Outre tes matériaux refoulés, se trouvent dans l’in­conscient tous les éléments qui, n’étant plus maintenus par une tension psychologique suffisante dans le cons­cient, ont glissé d’eux-mêmes à nouveau sous son seuil, et en particulier toutes les perceptions sensorielles su­bliminales. De plus, nous savons – tant par une expé­rience abondante et irréfutable que par des considéra­tions d’ordre théorique – que l’inconscient recèle aussi les matériaux psychologiques qui n’ont pas encore acquis le niveau et la dignité du conscient : ce sont les germes de contenus dont certains seront ultérieurement conscients. Enfin, nous avons tout motif de supposer que l’inconscient ne se cantonne en aucune façon dans l’immobilisme, le repos, synonymes d’inactivité; au contraire, il y a lieu de penser qu’il est sans cesse occupé à brasser ses contenus, à les grouper et à les regrouper.

Ce n’est que dans les cas pathologiques que cette activité, en soi normale et nécessaire, prendrait des allures d’indépendance et des prétentions d’autonomie ou, même, qu’elle s’exercerait totalement dénouée et coupée du conscient; tant qu’elle demeure à l’intérieur des latitudes du normal, nous devons nous représenter l’activité de l’inconscient comme coordonnée au cons­cient, avec lequel elle entretient en particulier des rap­ports essentiels de compensation.

14-08-2014

La « persona », élément constitutif de la psyché collective

La personnalité consciente est un fragment plus ou moins arbitraire de la psyché collective. La personnalité consciente est une somme, celle des données psychologiques qui sont ressenties en tant que personnelles. L’attribut « personnel » exprime l’appartenance à une personne donnée. Un conscient qui n’est pour l’essentiel que personnel souligne, de ce fait même, non sans anxiété, ses droits de propriété et d’au­teur à l’adresse de ses contenus mentaux, essayant ainsi de créer une totalité dans leurs plans’. Quant à toutes les teneurs idéo-affectives qu’il ne parvient pas à faire cadrer avec l’ensemble, elles seront soit omises et oubliées, soit niées et refoulées. Dans une certaine pers­pective cela correspond à un processus d’auto-éduca­tion, mais une auto-éducation trop arbitraire et trop violente : le sujet doit sacrifier trop de composantes humaines au bénéfice d’une image idéale de lui-même, telle qu’il voudrait se modeler sur elle. C’est pourquoi ces êtres très « personnels » sont en même temps très susceptibles, car il suffit d’un rien pour qu’ils se trou­vent confrontés avec un aspect de leur caractère réel (c’est-à-dire « individuel ») auquel ils se refusent et dont ils refusent de prendre conscience’.

J’ai désigné du nom de persona ce fragment de la psyché collective dont la réalisation coûte souvent tant d’efforts. Ce terme de persona exprime très heureuse­ment ce qu’il doit signifier, puisque, originairement, la persona désignait le masque que portait le comédien, et qui indiquait le rôle dans lequel il apparaissait.

 A partir du moment où les refoulements personnels sont ventilés, dépistés, supprimés, apparaissent alors, intimement mélangés, les éléments de l’individualité et ceux de la psyché collective, et ils prennent le relais des fantasmes personnels précédemment refoulés. Les rêves et les manifestations de l’imagination qui apparaissent alors revêtent un autre caractère. La marque indiscuta­ble des images collectives semble être leur aspect cos­mique, c’est-à-dire une manière de lien interne qui associe les images du rêve et les fantasmes à des faits cosmiques, tels que l’infini spatial ou temporel, une vitesse, un mouvement ou une expansion considéra­bles, des rapports « astrologiques », des analogies tel­luriques, lunaires ou solaires, des modifications essen­tielles dans les proportions du corps, etc. L’apparition de motifs mythologiques ou religieux au cours d’un rêve témoigne également de l’activité de l’inconscient collec­tif. L’élément collectif s’annonce très souvent par le truchement de symptômes singuliers’, par exemple par des rêves au cours desquels on traverse le firmament comme une comète; ou bien au cours desquels le rêveur se sent être la terre, le soleil ou les étoiles; ou bien où il se voit doté d’une grandeur démesurée ou d’une peti­tesse extrême; ou bien encore le sujet rêve qu’il est mort, qu’il se trouve dans des endroits inconnus, étran­ger à lui-même, atteint de confusion mentale ou fou, etc. De même et dans cet ordre d’idées, et pourvus de la même signification, peuvent apparaître des sentiments de désorientation, de vertige, etc., qui accompagnent souvent les symptômes d’une inflation psychologique.

La richesse et l’exubérance des possibilités d’expres­sion dont dispose la psyché collective sont telles qu’on en reste confondu et ébloui. La dissolution de la per­sona entraîne une libération et un déchaînement de l’imagination involontaire qui semble n’être rien d’au­tre que l’activité spécifique de la psyché collective. Cette activité amène à la conscience des contenus psychologiques dont auparavant on ne soupçonnait même pas l’existence. Mais dans la mesure où l’inconscient collectif gagne en influence, le conscient perd sa posi­tion dominante de puissance dirigeante. Insensible­ment, de celui qui guidait, il devient celui qui est guidé, un processus inconscient et impersonnel assumant pro­gressivement la direction. Ainsi la personnalité cons­ciente, sans trop remarquer ce qui lui arrive, se trouve être devenue une pièce, parmi d’autres, sur l’échiquier d’un joueur invisible. Et c’est ce dernier, non plus le conscient et ses intentions, qui mène le jeu dont dépend le destin de la partie. C’est de cette façon, par des détours de cette nature, que s’effectua, dans le cas de notre malade, la libération du transfert qui semblait au conscient impossible et impensable.

Le déclenchement automatique de ce processus est inéluctable chaque fois qu’apparaît la nécessité de dépasser et de surmonter une difficulté insoluble en apparence.

Naturellement, je le souligne, cette nécessité n’est pas rencontrée dans tous les cas de névrose car, dans la majorité de ceux-ci peut-être, il suffira d’aider à sur­monter des difficultés momentanées d’adaptation.

Mais les cas graves et lourds ne sauraient toutefois être guéris sans modification profondes du caractère et de l’attitude en face de la vie. En ce qui concerne la plupart des cas des patientes qui nous consultent, l’adaptation aux réalités de leurs existences exige une telle somme de travail que l’adaptation à un monde intérieur, c’est-à-dire à l’inconscient collectif, demeure pour longtemps une tâche inactuelle. Mais si cette adaptation au monde intérieur devient un besoin et un problème, aussitôt émanera de l’inconscient une attrac­tion singulière et irrésistible, qui influencera de façon décisive l’axe général de la vie consciente. La prépon­dérance de l’influence inconsciente, ajoutée à la disso­lution de la persona et à la diminution du potentiel dirigeant du conscient, engendre un état de déséquili­bre psychique qui, dans le cas du traitement analyti­que, a été créé artificiellement dans l’intention théra­peutique de résoudre une difficulté qui bloquait tout développement ultérieur.

16-08-2014    A suivre….

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Commentaire sur le mystère de la fleur d’or – Extraits

L’âme, tiers inclus

« L’âme, pour Jung, désigne la globalité de la psyché humaine c’est-à-dire, dans une conjonction majeure des opposés, de l’inconscient et de la conscience.
Ce qui revient à dire qu’elle en est le tiers inclus dans le même temps qu’elle maintient les séparations opérées. C’est dans le même esprit aussi, dans la même conjonction ou dvans ce que Platon dans le Timée appelle le
mixte du Même et de l’autre, que l’âme participe pour Jung du monde de la matière et de celui de l’esprit. Ce qui ne signifie en rien qu’elle en serait un simple mélange : mais à en assurer l’unité tout en conservant les différences, elle pose sa réalité propre, elle propose son propre monde, elle se donne comme un monde intermédiaire dont l’organe spécifique est celui d’un corps subtil. »

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« C’est ici qu’il te faut danser »

«  Une science est un instrument, imparfait sans doute, mais pourtant inestimable et indispensable, qui n’opère mal que lorsqu’elle prétend être son propre but. Une science doit servir ; elle se trompe quand elle usurpe un trône. … et chacune a besoin du soutien des autres en raison précisément de son insuffisance.
La méthode scientifique est l’instrument de l’esprit occidental et on peut ouvrir plus de portes avec elle qu’à main nue. Elle fait partie de notre capital de savoir et n’obscurcit l’intelligence que si elle donne une valeur absolue à ce qu’elle permet de comprendre.

Mais c’est justement l’Orient qui nous enseigne une autre manière de comprendre, plus vaste, plus haute, la compréhension à l’aide de la vie. Nous n’en avons plus à vrai dire que de pâles lueurs : nous y voyons un simple sentiment quasi schématique relevant de la terminologie religieuse, ce qui conduit à mettre volontiers entre guillemets le « savoir » oriental et à le reléguer dans le domaine obscur de la croyance et de la superstition.
Mais ce faisant, on se méprend totalement sur le « réalisme » de l’Orient. Ce ne sont pas des aspirations sentimentales d’un mysticisme exalté à la limite du pathologique émanant d’ascètes déséquilibrés ou reclus, mais des intuitions pratiques de la fleur de l’intelligence chinoise, que nous n’avons pas la moindre raison de sous-estimer.

L’erreur habituelle de l’Occidental (et notamment des théosophes) est de se comporter comme l’étudiant de Faust qui suit les mauvais conseils du diable, de tourner le dos à la science, de s’adonner à l’extase orientale, de prendre à la lettre les exercices de yoga et de devenir un pitoyable imitateur.
La théosophie est le meilleur exemple de cette méprise. En agissant ainsi il abandonne l’unique terrain sûr de l’esprit occidental et se perd dans un brouillard de mots et d’idées qui ne seraient jamais sortis de cerveaux européens …

Le vieil adepte a dit : « Mais si l’homme de travers utilise le moyen juste, le moyen juste opère de travers. » Cette sentence malheureusement trop vraie de la sagesse chinoise s’oppose de la façon la plus brutale à la foi que nous professons dans la méthode « juste » sans tenir compte de l’individu qui l’utilise. En cette matière, tout dépend en réalité de l’individu et peu ou rien de la méthode. Il faut même dire que la méthode n’est que le chemin et la direction empruntée. Le mode de l’action y est l’expression fidèle de la nature de l’agent. Mais s’il n’en est pas ainsi, la méthode n’est qu’affectation, chose apprise artificiellement, sans racine et sans sève, que l’on utilise dans le but illégitime de se voiler soi-même, un moyen de se faire illusion à soi-même et d’échapper à la loi peut-être impitoyable de notre nature propre.
Cela ne présente pas le moindre rapport avec l’authenticité et la sincérité de la pensée chinoise. C’est au contraire une renonciation à notre nature propre, une trahison de nous-mêmes au profit de dieux étrangers et impurs, un lâche tour de passe-passe en vue d’usurper une supériorité psychique, toutes choses qui sont aussi contraires que possible au sens de la « méthode » chinoise.

Ces intuitions émanent en effet de la vie la plus intégrale, la plus authentique et la plus fidèle, de cette antique vie de la Chine qui s’est développée de façon logique et avec une cohérence inattaquable à partir des instincts les plus profonds, vie qui nous est à jamais étrangère et inimitable.

L’imitation occidentale est tragique, parce que c’est une méprise non psychologique, aussi stérile que les escapades modernes … où l’on joue avec sérieux au « primitif », pendant que l’homme civilisé de l’Occident s’évade de ses devoirs menaçants, de son « Hic Rhodus, hic salta » (C’est ici Rhodes, c’est ici qu’il te faut danser.).

C’est pourquoi il ne s’agit pas d’imiter artificiellement les peuples lointains, voire de leur envoyer des missionnaires, mais de bâtir sur place la civilisation occidentale qui souffre de mille maux, et de prendre pour cela l’Européen réel dans sa vie quotidienne d’Occidental, avec ses problèmes conjugaux, ses névroses, ses idées politiques absurdes et tout le désarroi de son univers.

Mieux vaudrait avouer qu’au fond nous ne comprenons pas le détachement du monde professé par ce texte … Est-ce que par hasard nous soupçonnerions que, si l’attitude psychique capable de diriger le regard vers l’intérieur avec autant d’intensité, peut être affranchie du monde à ce point, c’est seulement parce que ces hommes ont rempli les exigences instinctives de leur nature à un degré tel que rien – ou peu de chose – ne les empêche de contempler l’essence invisible de l’univers ? Est-ce que par hasard la condition d’une pareille vision serait la libération de ces convoitises, de ces ambitions et de ces passions qui nous attachent au visible, et cette libération proviendrait-elle précisément de la satisfaction raisonnable de ces exigences instinctives, et non de refoulements trop hâtifs et générateurs d’angoisse ?
L’œil deviendrait-il par hasard libre pour le spirituel lorsqu’on suit la loi de la terre ?
Quiconque connaît l’histoire des mœurs et de la civilisation chinoises et a en outre étudié avec soin le Yi King, ce livre de sagesse qui forme la trame de toute la pensée de la Chine depuis des millénaires, n’écartera pas facilement ces questions. … »

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Différencier l’intellect de l’esprit

Dans notre propre civilisation spirituelle chrétienne, l’esprit et la passion de l’esprit ont été pendant longtemps l’élément le plus positif et le plus digne d’effort. Ce n’est qu’après la fin du Moyen Age, au cours du XIXe siècle, quand l’esprit a commencé de dégénérer en intellect, qu’il s’est récemment produit une réaction contre la domination insupportable de cet intellect, réaction qui, toutefois, a commencé par commettre la faute excusable de confondre l’intellect avec l’esprit et d’imputer à celui-ci les méfaits de celui-là. L’intellect est effectivement un ennemi de l’âme lorsqu’il a l’audace de vouloir capter l’héritage de l’esprit, ce dont il n’est capable sous aucun rapport, car l’esprit est quelque chose de supérieur à l’intellect puisqu’il comprend non seulement celui-ci, mais le cœur. Il constitue une direction et un principe vital qui aspirent à des hauteurs lumineuses surhumaines.
Mais en face de lui se tient le féminin, l’obscur, le terrestre (yin) avec son émotivité et son instinctivité plongeant dans les profondeurs du temps et les racines de la continuité physiologique.
Ces notions sont incontestablement des vues purement intuitives dont on ne peut cependant se passer si l’on tente de comprendre la nature de l’âme humaine. La Chine n’a pas pu s’en passer car, ainsi que le montre l’histoire de la philosophie chinoise, elle ne s’est jamais éloignée des données psychiques centrales au point de se perdre dans l’hypertrophie et la surestimation unilatérale d’une fonction psychique isolée. Par suite elle n’a jamais manqué de reconnaître le caractère paradoxal et la polarité des êtres vivants. Les opposés s’y sont toujours tenus en équilibre, ce qui est un signe de haute civilisation, tandis que l’unilatéralité, malgré le dynamisme qu’elle renferme toujours, est un signe de barbarie. La réaction qui naît en Occident contre l’intellect au profit de l’eros ou de l’intuition ne me paraît pouvoir être considérée que comme un signe de progrès culturel, un élargissement de la conscience par rapport aux limitations étroites d’un intellect tyrannique.

Loin de moi la pensée de sous-estimer l’extraordinaire différenciation de l’intellect occidental ; mesuré par rapport à lui, l’intellect oriental doit être qualifié de puéril. (Cela n’a naturellement rien à voir avec l’intelligence.) Si nous parvenions à amener une seconde ou même une troisième fonction psychique à la dignité accordée à l’intellect, l’Occident pourrait espérer surpasser largement l’Orient. C’est pourquoi il est si lamentable de voir l’Européen se renier lui-même pour imiter et « affecter» l’Orient, alors qu’il aurait de telles possibilités s’il restait lui-même et découvrait selon son mode et conformément à sa nature tout ce que l’Orient a extrait de sa propre nature au cours des millénaires.

D’une façon générale et si l’on adopte le point de vue incurablement extérieur de l’intellect, on aura l’impression que ce dont l’Orient a fait tant de cas n’est pour nous rien de désirable. Maisle simple intellect ne peut comprendre tout de suite quelle portée pratique les idées orientales peuvent avoir pour nous, et c’est la raison pour laquelle il ne sait les classer que comme des curiosités philosophiques ou ethnologiques. L’incompréhension est poussée à un point tel que même des savants sinologues n’ont pas compris l’utilisation pratique du Yi King et ont par suite regardé le Livre comme une collection d’abstruses formules magiques.

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L’inconscient collectif

L’idée d’inconscient collectif n’est pas métaphysique. Il s’agit d’une notion empirique à placer auprès de la notion d’instinct.

Tout comme le corps humain révèle une anatomie commune par-delà toutes les différences raciales, la psyché possède de son côté, au-delà de toutes les distinctions culturelles et conscientes, un substrat commun que j’ai désigné du nom d’inconscient collectif. Cette psyché inconsciente, qui est commune à l’humanité tout entière, ne se compose pas de contenus susceptibles de devenir conscients, mais de dispositions latentes à certaines réactions identiques. Le fait de l’inconscient collectif est simplement l’expression psychique de l’identité de la structure du cerveau par-delà toutes les différences raciales. C’est ainsi que s’explique l’analogie, voire l’identité, des thèmes mythiques et des symboles, de même que, d’une façon générale, la possibilité pour les hommes de se comprendre entre eux. Les différentes lignes de développement psychique partent d’un stock commun dont les racines plongent dans toutes les strates du passé. C’est ce qui explique même le parallélisme psychique avec les animaux.

Sur le plan purement psychologique, il s’agit d’instincts d’imagination et d’action communs à l’humanité. Toute imagination et toute action conscientes se sont développées sur la base de ces images primordiales inconscientes, et elles leur restent toujours reliées. C’est en particulier le cas lorsque la conscience n’a pas encore atteint un degré de clarté trop élevé, c’est-à-dire quand, dans toutes ses fonctions, elle demeure plus dépendante de l’instinct que de la volonté consciente, de l’affectivité plus que du jugement rationnel. Cet état garantit une santé psychique primitive qui se transforme toutefois en inadaptation dès qu’il se présente des circonstances exigeant des actes moraux supérieurs. Les instincts suffisent pour répondre aux besoins d’une nature qui demeure en gros la même. L’individu qui dépend davantage de l’inconscient que du choix conscient incline donc vers un conservatisme psychique affirmé. C’est la raison pour laquelle le primitif ne change pas au long des millénaires et éprouve de la crainte devant tout ce qui est étranger ou insolite. Cela pourrait le conduire à l’inadaptation et l’exposer aux plus graves dangers psychiques, à une sorte de névrose. Une conscience plus élevée, plus vaste, qui ne peut que provenir de l’assimilation de ce qui est étranger, tend vers l’autonomie, vers la révolte contre les anciens dieux qui ne sont autres que les puissantes images primordiales inconscientes dont la conscience est demeurée dépendante jusque-là.

Plus la conscience et avec elle la volonté consciente deviennent puissantes et autonomes, plus l’inconscient se trouve repoussé à l’arrière-plan. Il peut alors facilement se faire que les structures conscientes s’émancipent du modèle inconscient. Gagnant ainsi en liberté, elles brisent les chaînes de la pure instinctivité et parviennent finalement à un stade privé d’instinct ou contraire à l’instinct. Cette conscience déracinée ne peut plus jamais invoquer l’autorité des images premières ; elle témoigne d’une liberté prométhéenne, mais aussi d’une hybris sans Dieu. Si elle plane au-dessus des choses, et même au-dessus des humains, le danger de perdre l’équilibre menace non point chaque individu, mais, sur le plan collectif, les éléments faibles d’une telle société. Imitant ici encore Prométhée, ils sont enchaînés par l’inconscient sur les rochers du Caucase. Le sage chinois dirait, en reprenant les paroles du Yi King : « Lorsque le yang a atteint sa puissance la plus grande, la force obscure du yin croît à l’intérieur de lui, car à midi la nuit commence, le yang se brise et devient yin. »

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Le dépassement

Il est arrivé de temps à autre dans ma pratique qu’un individu se dépasse lui-même en raison de possibilités obscures, et cela a été pour moi la plus riche des expériences. J’avais en effet appris entre-temps que les problèmes vitaux les plus graves et les plus importants sont tous, au fond, insolubles, et ils doivent l’être, car ils expriment la polarité nécessaire qui est immanente à tout système d’autorégulation. Ils ne peuvent jamais être résolus, mais seulement dépassés. Je me suis donc demandé si cette possibilité de dépassement, c’est-à-dire d’évolution psychique plus poussée, n’était pas en définitive la donnée normale et si le fait de demeurer fixé à ou dans un conflit n’était pas ce qu’il y avait de pathologique. Tout homme doit posséder ce degré supérieur, au moins sous forme de germe, et pouvoir développer cette possibilité moyennant des circonstances favorables.
En observant le processus d’évolution de ceux qui se dépassaient eux-mêmes en silence et comme inconsciemment, je vis que leur destin avait un trait commun : la nouveauté venait à eux de possibilité obscures, ils l’acceptaient et se dépassaient grâce à elle. Je considérai comme typique que les uns la reçoivent du dedans et les autres du dehors ou plutôt qu’elle émane du dedans pour les uns et du dehors pour les autres. Jamais cependant la nouveauté n’était chose purement extérieure ou purement intérieure. Si elle venait de l’extérieur elle devenait expérience intime ; si elle venait de l’intérieur, elle devenait événement extérieur. Pourtant elle n’était jamais provoquée de façon intentionnelle et consciente, mais elle s’avançait, portée sur le fleuve du temps.
La tentation d’introduire partout un dessein et une méthode me paraît si grande que je m’exprime délibérément d’une façon très abstraite pour ne rien préjuger, car la nouveauté ne doit être ni ceci ni cela, sinon on en fait une recette que l’on peut multiplier « machinalement « , et ce serait alors une fois de plus le « moyen juste » dans les mains de l’ « homme de travers ». J’ai en effet été impressionné au plus profond de moi-même en constatant que la nouveauté ne correspond que rarement ou jamais à l’attente consciente et, chose plus remarquable encore, qu’elle contredit également les instincts enracinés tels que nous les connaissons, tout en constituant pourtant une expression singulièrement pertinente de la personnalité, expression dont on n’eût pu imaginer une forme plus complète.
Et que faisaient ces gens pour réaliser le progrès libérateur ? Autant que j’aie pu voir, ils ne faisaient rien (wou wei [action non agissante]) mais laissaient advenir : ainsi que le maître Lu Tsou l’indique dans notre texte, la lumière tourne suivant sa propre loi si l’on ne cesse pas d’exercer ses occupations habituelles. Le « laisser advenir », l’action non agissante, l’abandon de maître Eckhart est devenu pour moi la clé permettant d’ouvrir les portes qui mènent à la voie : dans le domaine psychique, il faut pouvoir laisser advenir. C’est pour nous un art véritable auquel quantité de gens ne comprennent rien : leur conscient ne cesse d’aider, de corriger et de nier, de multiplier les interférences et, dans tous les cas, il ne peut laisser en paix le pur déroulement du processus psychique. La tâche serait assez simple, si la simplicité n’était pas ce qu’il y a de plus difficile. Elle consiste d’abord purement et simplement à observer objectivement n’importe quel fragment de phantasme dans son évolution. Il n’y aurait rien de plus simple, mais ici commencent déjà les difficultés. On croit ne posséder aucun fragment de phantasme ou bien on en a, mais c’est trop stupide et il existe mille bonnes raisons contre cette attitude. On ne peut se concentrer dessus : c’est trop ennuyeux, qu’est-ce qui en sortirait ? « Ce n’est rien que », etc. Le conscient soulève d’abondantes objections ; il semble même souvent porté à étouffer l’activité spontanée de l’imagination, bien que l’on ait la claire intuition de la valeur de cette dernière et même la ferme résolution de laisser libre cours au processus psychique sans interférence. Parfois il se produit même une véritable crispation de la conscience.
Si l’on parvient à surmonter la difficulté initiale, la critique intervient pourtant après coup et tente d’interpréter le fragment de phantasme, de le classifier, de l’esthétiser ou de le minimiser. La tentation d’agir ainsi est presque irrésistible. Après une observation complète et fidèle, on peut tranquillement lâcher la bride à l’impatience du conscient ; cela est même nécessaire, sinon il se développe des résistances paralysantes. Mais à chaque observation l’activité du conscient doit avoir été à nouveau mise de côté.
Les résultats de ces efforts sont d’abord peu encourageants dans la plupart des cas. Il s’agit surtout d’écheveaux de phantasmes qui ne permettent pas de discerner clairement leur provenance et leur destination. Les moyens d’obtenir des phantasmes sont également différents suivant les individus. Pour beaucoup le plus simple est de les écrire ; d’autres les visualisent ; d’autres encore les dessinent ou les peignent avec ou sans visualisation. Lorsqu’on a affaire à une crispation accentuée du conscient, il arrive souvent que seules les mains puissent imaginer : elles modèlent ou dessinent des formes qui sont souvent étrangères au conscient.
Ces exercices doivent être poursuivis jusqu’à ce que la crispation de la conscience soit dénouée, en d’autres termes jusqu’à ce que l’on puisse laisser advenir, ce qui est le but immédiat de l’exercice. Une nouvelle attitude est ainsi créée, une attitude qui accepte également l’irrationnel et l’incompréhensible, simplement parce que c’est ce qui advient. Cette attitude serait un poison pour quelqu’un qui de toute façon est submergé par ce qui advient ; mais elle est d’une valeur suprême pour celui qui, par un jugement exclusivement conscient, s’est toujours borné à choisir ce qui convenait à sa conscience dans ce qui advient purement et simplement et qui est ainsi sorti de la vie pour échouer dans une lagune stagnante.
Ici les chemins des deux types mentionnés plus haut divergent. Tous deux ont appris à accepter ce qui leur arrive. Comme l’indique le maître Lu Isou : « Si les occupations arrivent à nous, nous devons les accueillir ; si les choses arrivent à nous, nous devons les connaître à fond. » L’un accueillera principalement ce qui lui arrive de l’extérieur l’autre ce qui vient de l’intérieur. Et comme le veut la loi de la vie, l’un prendra à l’extérieur ce qu’il n’avait jamais accepté de l’extérieur auparavant, et l’autre prendra à l’intérieur ce qu’il avait toujours exclu jusque-là. Ce retournement de l’être signifie un élargissement, une élévation et un enrichissement de la personnalité, si les valeurs précédentes sont conservées dans le retournement en tant qu’elles n’étaient pas de pures illusions. Si elles ne sont pas conservées, on retombe de l’autre côté et l’on passe de l’aptitude à l’inaptitude, de l’adaptation à l’inadaptation, du sens au non-sens et même de la raison au trouble mental. Ce chemin n’est pas sans danger. Tout  bien est coûteux et le développement  de la personnalité figure au nombre des choses les plus onéreuses s’agit d’acquiescer à soi-même, de se prendre soi-même comme la plus sérieuse des tâches, de demeurer toujours conscient de ce que l’on fait et d’avoir constamment devant les yeux les plus équivoques de nos propres aspects – c’est là véritablement une tâche qui exige tout de nous.

Le Chinois peut s’en rapporter à sa culture tout entière. S’il emprunte le long chemin, il fait ce qui est reconnu comme étant la meilleure chose qu’il puisse faire. Mais l’Occidental, lui, a contre lui toutes les autorités dans le domaine intellectuel, moral et religieux, à supposer qu’il veuille véritablement prendre cette voie. C’est pourquoi il est infiniment plus simple d’imiter la voie chinoise et de laisser là cet encombrant Européen, ou encore, ce qui est déjà moins simple, de chercher la route qui ramène au Moyen Age européen de l’Eglise chrétienne et de rebâtir le mur qui doit séparer les vrais chrétiens des pauvres païens et autres curiosités éthnographiques qui habitent tout autour. Le flirt esthétique ou intellectuel avec la vie et le destin trouve ici une fin brutale. La marche vers une conscience plus haute conduit hors de toutes les couvertures d’arrière-garde et de toutes les sécurités. L’être doit se donner totalement, car c’est seulement à partir de son intégrité qu’il peut aller plus loin, et seule son intégrité peut être la garantie que sa route ne deviendra pas une aventure absurde.
Mais que l’on reçoive son destin de l’extérieur ou de l’intérieur, les expériences et les événements de la voie demeurent les mêmes. C’est pourquoi je n’ai pas besoin de parler des multiples événements intérieurs ou extérieurs dont je ne pourrais épuiser la diversité quasi infinie… Il y a au contraire beaucoup à dire des états psychiques qui accompagnent le développement. Ces états sont en effet exprimés symboliquement dans notre texte, et cela en des symboles qui me sont devenus familiers dans ma pratique depuis de longues années.

12-08-62014   

 

Le Tao

La difficulté considérable que l’esprit européen rencontre dans la traduction de ce texte et de ceux du même genre consiste en ce que l’auteur chinois part toujours du point central, c’est-à-dire de ce que nous qualifierions de sommet, de but, d’idée ultime ou la plus profonde. Il s’agit donc d’une notion si ambitieuse qu’un individu doté d’intelligence critique a le sentiment qu’il ferait preuve de prétention ridicule ou même d’un comportement purement absurde s’il osait se lancer dans un discours philosophique sur les expériences très subtiles les grands esprits de l’Orient. Notre texte commence par ces mots : « Ce qui est par soi-même se nomme Tao. » Et le Houei Ming King débute ainsi : « Le mystère le plus subtil du Tao, c’est la nature humaine et la vie. »

C’est un trait caractéristique de l’esprit occidental qu’il soit absolument démuni de concept correspondant à Tao. Le caractère chinois du Tao réunit celui de « tête » et celui d’« aller ». Wilhelm traduit Tao par « Sens » (Sinn), d’autres, par « Voie », « Providence », et même, comme les jésuites, par « Dieu ». Cela donne une idée de l’embarras des traducteurs. « Tête » doit être entendu comme « conscience », et « aller » comme « cheminer », Ce serait donc : « aller d’une façon consciente» ou bien « chemin conscient ». Le fait que la « lumière du ciel qui réside entre les deux yeux » est employée comme synonyme de Tao concorde avec cette interprétation. La nature (humaine) et la vie sont contenues dans la lumière du ciel et constituent chez Liou Houa Yang les plus grands mystères du Tao. La « lumière » est un équivalent symbolique de la conscience et la nature de la conscience est exprimée à l’aide d’analogies tirées de la lumière. Le Houei Ming King s’ouvre par les vers suivants :

 

Si tu veux parfaire le corps de diamant sans fuite,
Réchauffe avec soin la racine de la conscience 1 et de la vie.
Illumine le pays bienheureux qui est toujours proche
Et fais-y habiter toujours, caché, ton véritable moi. 2

 

Ces vers contiennent une sorte de prescription alchimique, une méthode ou une voie en vue de la procréation du « corps de diamant » qui est également mentionné dans le texte. II faut pour cela un « réchauffement », c’est-à-dire une élévation de la conscience, afin que le séjour de la nature spirituelle soit « illuminé ». Toutefois, ce n’est pas seulement la conscience, mais aussi la vie qui a besoin d’être élevée. La réunion des deux produit la « vie consciente ». D’après le Houei Ming King, les anciens sages connaissaient la manière d’abolir la séparation entre la conscience et la vie en cultivant l’une et l’autre. Ainsi « le chêli (le corps immortel) est fondu » et, par là, « le grand Tao est accompli ».

Si nous comprenons le Tao comme une méthode ou une voie consciente qui doit réunir ce qui était séparé, nous arrivons sans doute à serrer de plus près le contenu psychologique de ce concept. En tout cas, la séparation de la conscience et de la vie ne doit vraisemblablement pas signifier autre chose que ce que j’ai décrit comme divergence, déviation ou déracinement de la conscience. De plus, l’opération consistant à rendre les opposés conscients, comprend sans doute aussi une réunification avec les lois inconscientes de la vie, et le but de cette unification est l’obtention de la vie consciente, en termes chinois : la production du Tao.

1 La tête est aussi le « siège de la lumière céleste ».
2 « Nature » (sing) et « conscience » (houei) sont employés concurremment dans le Houei Ming King. Tous deux sont opposés à « Vie », ming, mais ils ne sont pas identiques.

 

Le mouvement circulaire et le centre

Ainsi que nous l’avons déjà souligné, l’unification des opposés à un niveau supérieur n’est pas une affaire rationnelle ni davantage une question de volonté, mais un processus psychique de développement qui s’exprime dans des symboles. Historiquement, il a toujours été représenté par des symboles et aujourd’hui encore il est illustré par des figures symboliques dans le développement individuel de la personnalité. Ce fait m’a été révélé par les expériences suivantes : les productions spontanées de l’imagination dont nous avons parlé plus haut s’approfondissent et se concentrent progressivement en structures abstraites qui représentent apparemment des « principes », de véritables archaï gnostiques. Quand les imaginations sont essentiellement exprimées sous forme de pensées, on voit se présenter des formulations intuitives des lois ou principes qui s’offrent d’abord volontiers sous une forme dramatisée ou personnifiée.

 28-10-2014

Si les imaginations se traduisent sous forme de dessins, on voit naître des symboles qui appartiennent surtout au type dit « mandala ». Mandala signifie cercle, et spécialement cercle magique. Les mandalas ne sont pas seulement répandus à travers tout l’Orient, mais ils sont en outre abondamment représentés chez nous dans des œuvres médiévales. …
On rencontre la plupart du temps une forme de fleur, de croix ou de roue avec une prédilection marquée pour le nombre quatre (qui rappelle la tétraktys pythagoricienne, le nombre fondamental). De tels mandalas se trouvent également dans les dessins de sable réalisés à des fins religieuses chez les Pueblos. Mais c’est naturellement l’Orient qui possède les plus beaux mandalas, en particulier dans le bouddhisme tibétain. J’ai également rencontré des dessins en forme de mandala chez des malades mentaux, et cela chez des gens qui n’ont sûrement pas la moindre idée de telles connexions. 

 

J’ai observé chez mes patients des femmes qui ne dessinaient pas les mandalas, mais les dansaient. L’Inde possède un terme pour cela : mandala nritya, danse du mandala. Les figures de la danse traduisent le même sens que les dessins.
Les patients eux-mêmes ne peuvent pas dire grand-chose de la signification des symboles en forme de mandala qu’ils produisent. Ils sont simplement fascinés par eux et les trouvent expressifs et opérants dans un rapport quelconque avec leur état psychique subjectif.

Notre texte promet de « révéler le mystère de la fleur d’or du grand Un ». La fleur d’or est la lumière, et la lumière du ciel est le Tao. La fleur d’or est un mandala que j’ai souvent rencontré chez mes patients. Tantôt elle est représentée vue d’en haut, donc comme un ornement régulier, tantôt elle est vue latéralement, comme une fleur poussant sur une plante. La plante est la plupart du temps une structure aux couleurs lumineuses, ignées, croissant à partir d’une obscurité située au-dessous d’elle et portant des fleurs de lumière à son sommet. Untel symbole exprime en même temps la naissance de la fleur d’Or, car, selon le Houei Ming King, « la bulle germinale » n’est autre que le « château doré », le « cœur céleste », la « terrasse de vie », le « champ d’un pouce carré de la maison d’un pied carré », la « salle pourpre de la cité de jade », le « sombre passage », l’« espace du ciel antérieur » ( Le « ciel antérieur » (à la création du  monde) est le siège d’un ordre archétypique qui se distingue de l’ordre manifesté ou « ordre postérieur » .. Yi King), le « château du dragon au fond de la mer », On l’appelle encore la « région frontière des montagnes neigeuses », le « passage primordial », le « royaume de la joie suprême », le « pays sans frontières », et 1’« autel sur lequel sont produits la conscience et la vie. « Si un mourant ne connaît pas cette place germinale, dit le Houei Ming King, il ne trouvera pas l’unité de la conscience et de la vie dans mille naissances et dix mille ères. »

Le commencement dans lequel tout est un et qui, par suite, apparaît également comme le but suprême se trouve au fond de la mer, dans l’obscurité de l’inconscient. Dans la bulle germinale la conscience et la vie ( ou la nature humaine et la vie : sing-ming) sont encore une « unité », « inséparablement mêlées comme la semence ignée dans la fournaise de raffinage ». « C’est à l’intérieur de la bulle germinale qu’est le feu du souverain. C’est avec la bulle germinale que tous les sages ont commencé leur travail. » On notera l’analogie tirée du feu. Je connais toute une série de mandalas européens dessinés où quelque chose comme une graine de plante entourée de ses enveloppes flotte dans l’eau ; le feu, montant de la profondeur, la pénètre, provoque la croissance et donne ainsi naissance à une grande fleur d’or qui sort de la bulle germinale.

Ce symbolisme a trait à une espèce de processus alchimique de raffinage et d’ennoblissement : l’obscur enfante le lumineux, l’or noble croît à partir du « plomb de la région des eaux », l’inconscient devient conscient sous la forme d’un processus de vie et de croissance. (On trouve quelque chose de tout à fait analogue dans le yoga de la kundalini.) Ainsi naît l’unification de la conscience et de la vie.

Lorsque mes patients produisent de telles images, il est évident que cela ne provient pas d’une suggestion, car elles furent créées bien avant que j’aie connu leur signification ou leur relation avec les pratiques de l’Orient qui m’étaient alors totalement étrangères. Elles naissaient d’une façon toute spontanée et d’une double source : la première de ces sources est l’inconscient qui engendre spontanément de tels phantasmes ; la seconde est la vie qui, lorsqu’elle est vécue dans une attitude de complet don de l’être, procure le pressentiment du Soi, de la nature individuelle. La perception de cette dernière réalité est exprimée dans le dessin, tandis que l’inconscient oblige l’individu à se donner totalement à la vie. En effet le mandala n’est pas seulement expressif mais également opérant, d’une manière qui s’accorde pleinement avec la conception chinoise. Il réagit sur son auteur. Il renferme une vertu magique immémoriale, car il provient à l’origine du « cercle protecteur», du « cercle enchanté » dont la magie s’est conservée dans d’innombrables coutumes populaires. L’image a pour but affirmé de tracer un sulcus primigenius, un sillon magique autour du centre, du temple ou du temenos (enceinte sacrée) de la personnalité intime, afin d’empêcher les « fuites » ou de préserver de façon apotropéique des déviations causées par l’extérieur. Les contenus magiques ne sont pas autre chose que des projections d’événements psychiques qui sont ici appliquées inversement à l’âme comme une sorte d’incantation opérée sur la personnalité ; en d’autres termes, des actions concrètes favorisent et permettent le retour de l’attention, ou mieux de la participation à un cercle sacré intérieur qui est l’origine et le terme de l’âme et contient cette unité de la vie et de la conscience autrefois possédée, puis perdue et qu’il faut retrouver.

L’unité des deux se nomme Tao ; le symbole de ce dernier est la lumière blanche centrale (comme dans le Bardo Tôdol). Cette lumière réside dans le « pouce carré » ou le « visage », c’est-à-dire entre les yeux. C’est l’illustration du « point créateur », d’une intensité sans étendue, associé à l’espace d’un « pouce carré », symbole de l’inétendu. Les deux ensemble forment le Tao. La nature humaine et la conscience (sing) sont symbolisées par la lumière ; elles constituent donc une intensité. Par suite la vie (ming) coïnciderait avec l’extension. La première a le caractère du yang, la seconde celui du yin. Le mandala cité plus haut d’une jeune somnambule de quinze ans que j’ai observée voici trente ans montre au centre une « source de la puissance de vie » sans étendue qui, lors de son émanation, se heurte immédiatement à un principe spatial opposé, en pleine analogie avec les notions chinoises fondamentales.

La « protection par un cercle » ou circumambulatio est exprimée dans notre texte par l’idée de la « circulation ». La circulation n’est pas un simple mouvement circulaire, mais elle signifie d’une part le tracé d’une enceinte sacrée et d’autre part une fixation et une concentration ; la roue solaire commence à tourner, autrement dit, le soleil est vivifié et entame sa course, ou encore, le Tao commence à opérer et à prendre la direction. L’action s’inverse en non-agir, en d’autres termes, les puissances périphériques sont soumises au commandement du centre ; c’est pourquoi il est dit : « Le mouvement est un autre nom de la souveraineté. » Psychologiquement cette circulation consisterait à « tourner en cercle autour de soi », ce qui manifestement fait entrer en jeu tous les aspects de la personnalité : « les pôles du lumineux et de l’obscur sont mis en mouvement circulaire », c’est-à-dire qu’il se produit une alternance de jour et de nuit. « Une clarté de paradis alterne avec une nuit profonde, effroyable. » Par suite le mouvement circulaire a également la signification morale d’une vivification de toutes les puissances lumineuses et obscures de la nature humaine, et donc de tous les opposés psychologiques de quelque nature qu’ils soient. Cela n’est autre que la connaissance de soi par l’auto-incubation (en Inde : tapas). On a une représentation primitive analogue dans l’être humain platonicien rond de tous côtés, dans lequel également les deux sexes sont réunis.

……

La volonté consciente ne peut atteindre une telle unité symbolique car, dans ce cas, le conscient est l’une des parties. Son adversaire est l’inconscient collectif qui ne comprend pas le langage du conscient. Il a par suite besoin du symbole qui opère « magiquement » : celui-ci contient cet aspect analogique primitif qui parle à l’inconscient. Seul le symbole permet d’atteindre et d’exprimer l’inconscient ; c’est aussi pourquoi l’individuation ne pourra jamais se passer de symboles. Le symbole est d’une part l’expression primitive de l’inconscient et d’autre part l’idée qui correspond à la plus haute réalité pressentie par la conscience.

1-11-2014

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Le secret (mystère) de la fleur d’or – Lu Tsou – Extraits

N°1 - Le Grand Un est la désignation de ce qui n’a plus rien au-dessus de lui.
Le secret de la magie de la vie consiste en ce que l’on utilise l’action pour atteindre le non-agir. On ne doit pas vouloir tout franchir d’un bond et tout pénétrer directement.
La maxime fondamentale qui nous a été transmise est de prendre en mains le travail sur la nature humaine. En agissant ainsi il importe de ne pas faire fausse route.

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